Cette semaine, le débat sur l'Immigration et l'Identité Nationale initié par Eric Besson (soyons naïfs...) va "prendre fin." Je place des guillemets, parce que j'estime que la population française n'a pas attendu que le débat prenne une teinte ouvertement électorale pour se poser les questions "Qu'est-ce qu'être français ?" et "Comment le devenir ?", tout comme elle n'a pas attendu qu'un ministère prétendument régalien se crée sur le sujet.
En effet, depuis que la France a plus d'une couleur, ce qui remonte peu ou prou à l'abolition de l'esclavage, le quidam (= non décideur) français a eu l'occasion de se poser la question: "Ainsi, cet homme, si différent de moi, est aussi libre que moi ? Il est mon égal ? Mon frère ?" En ces temps où le refus de combattre (cf le dernier fait d'armes de Vincent Peillon) sous prétexte que l'interlocuteur (-trice...) est une illustration vivante des failles de la démocratie (cf MLP...) semble être la seule réponse de ceux qui devraient être porteurs d'un certain message, ou à tout le moins opposants efficaces avec un grand E au message opposé, il paraît bon que chacun tente d'apporter son grain de sel, pour essayer de donner de la saveur à un débat qui, au vu de ceux qui le promeuvent, diffuse de l'amertume par hectolitres...
Qu'est-ce qu'être français ? C'est avoir sa carte d'identité qui déclare que vous êtes citoyen de la République française. Point. Il est parfaitement illusoire, voire dangereux, de gloser sur un devoir d'adaptation culturelle, tant que l'on reste dans le domaine légal. Certes, le "citoyen de frais", comme on pourrait le dire, doit s'adapter à certaines données du pays dont il devient un membre à part entière. S'il a choisi de venir dans ce pays, il doit au moins faire une démarche, un pas, pour en saisir les tenants et les aboutissants. Et s'il ne l'a pas choisi, alors on pourrait dire qu'un certain effort est le prix de la liberté et/ou de la sécurité par rapport à sa précédente situation. Triste mais inhérent à la condition humaine en général et découlant de l'aspect pluriculturel du monde en particulier.
Mais une fois que cela a été dit, il est nécessaire de faire comprendre quelque chose d'inhérent à la notion même d'immigration: bien que (malheureusement) certains le voudraient, on ne peut faire immigrer uniquement les bras et les jambes d'êtres humains, et laisser à la frontière certaines parties plus insoumises telles que, par exemple, la tête et le coeur. Et à des hommes et des femmes qui ont construit nos villes et nettoyé nos locaux, pour exagérer le sujet, on ne peut dans un monde et une société qui se veulent humanistes voire, dans le cas de la France, qui auraient inventé l'humanisme, on ne peut, donc, dire à ces personnes "Vous nous avez aidé, vous en avez été payé, maintenant retournez chez vous !" (ce à quoi ils pourraient par ailleurs répondre de bon droit: "Chez nous, c'est ici maintenant !"). La question pourra paraître dépassée, mais les expulsions régulières de sans-papiers se chargent de réactualiser le débat...Et de fait leurs enfants naissent en France, ce qui en France signifie être français. Hors, comment réagir devant la situation présente depuis maintenant plusieurs générations où il est possible de naître en France, ou même d'arriver sur son sol très jeune, et d'avoir néanmoins un bagage culturel différent de la "majorité originelle" (si on devait se pencher sur la diversité ethnique du "Français de souche", on y passerait l'année...d'ailleurs, certains y mettent une vie...) ? Le fait est que lorsqu'une personne a une culture différente de la culture majoritaire du pays dont elle est citoyenne, tout en étant de fait citoyenne, c'est dans ce cas ces différences même qu'il faut considérer comme appartenant désormais à la culture du pays en question.
On entend ici ou là que l'assimilation, c'est-à-dire l'adoption pure et simple de la culture majoritaire et supposée originelle et unifiée du pays d'accueil au détriment absolu de la culture d'origine, serait le seul moyen pour un immigré en France de jouer un rôle dans la société. Et sinon le seul du moins le meilleur. Pourquoi ? Parce que c'est ainsi que se serait toujours bâtie la France, et on pare même ce système du sceau de la "vertu républicaine". Caricature pour caricature, car les adeptes des positions de tolérance sont de plus en plus souvent traités avec condescendance, voire sont "poliment insultés", je dirais ceci: parfois, les (tentatives de) débats avec un défenseur des positions assimilationnistes ressemblent au film d'Alain Chabat: "-Le problème avec vous, c'est que vous faites toujours comme on fait tout le temps ! - Bin évidemment, on a toujours fait comme ça !" J'estime pour utiliser une formule de l'Abbé Pierre appliquée à d'autres problèmes, que c'est gifler Marianne que de promouvoir le reniement de soi en son nom. Il y a, malheureusement, plus d'une France au niveau social. Les causes en sont complexes, mais cette situation ne changera pas tant que la Société, voire la mentalité qui est la notre ne changera pas. Devons-nous, en attendant d'hypothétiques jours meilleurs, nous perdre en plus dans de stériles querelles de légitimité culturelle ? Devons-nous gaspiller des espaces de légifération en ce qu'on pourrait qualifier des disputes de boutiquier ?
J'ai depuis longtemps été frappé par le surnom de l'Afrique du Sud : la Nation Arc-en-Ciel, en me disant que si dans le cas de cette nation, c'est un état de fait, dans la notre, c'est une volonté, issue de notre modèle tant revendiqué et brandi et si peu compris. Trop choisissent ce qui convient à leurs idées nauséabondes dans les principes qui régissent notre nation, et délaissent le reste.
Et pour finir sur une note de naïveté parfaitement assumée, qui ne manquera pas, je le pense, d'attirer de par son origine la foudre des quolibets aussi sûrement qu'un arbre en plein orage d'été, je citerai Bernard Werber: "Ma liberté commence là où elle REJOINT celle de l'autre", tout comme la liberté de l'autre commence là où elle rejoint la mienne. Actuellement, on sent poindre, parée d'une pseudo-nostalgie des jours meilleurs de jadis, une tendance à souligner ce qui nous différencie et à moquer, mépriser voire exclure ce qui nous rassemble.
L'inverse, ça ne tente personne ? |